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Diriger avec la Nature : Un an après, Norsys fait le point sur sa gouvernance Nature

Diriger avec la Nature : Un an après, Norsys fait le point sur sa gouvernance Nature

Diriger avec la Nature : Un an après, Norsys fait le point sur sa gouvernance Nature

28 janv. 2026

Un an après l'intégration de la Nature au Conseil d'administration de Norsys, l'entreprise revient sur cette expérimentation avec un rapport d'impact détaillé précisant le chemin effectué et l'intérêt de la démarche. Une démarche soutenue par Vivøices par le biais de notre co-dirigeant, Frantz Gault, représentant de la Nature dans l'entreprise.

Le 12 novembre 2024, Norsys devenait la première entreprise en France à faire entrer la nature dans son conseil d’administration. Une décision à la fois stratégique mais aussi profondément pragmatique, dans un contexte où la moitié du PIB mondial et 72% des entreprises européennes dépendent directement de la nature.

Pourquoi une entreprise décide de donner une voix à la nature

Norsys est une entreprise de services numériques indépendante, fondée en 1994, qui compte aujourd’hui 700 salarié·es, 11 agences et une agence digitale, engagée pour un numérique utile, responsable et haut de gamme. Depuis plus de 30 ans, l’entreprise avance avec l’idée qu’elle doit être utile et soutenable, pour ses équipes comme pour la société.

Ces dernières années, ce cheminement s’est structuré autour de jalons forts : définition d’une raison d’être en 2017, création d’un conseil éthique en 2018, certification B Corp en 2019, qualité de société à mission en 2020 et invention du modèle de la permaentreprise en 2021.

Historiquement, Norsys s’est d’abord concentrée sur le climat : premier bilan carbone en 2007, division par deux des émissions par collaborateur en dix ans malgré la croissance, soutien à des projets bas-carbone et de préservation des écosystèmes.

Mais la perspective des neuf limites planétaires, popularisée par le Stockholm Resilience Centre, a agi comme un révélateur : le carbone n’est qu’une partie de l’équation, et l’entreprise doit revoir son rapport au vivant dans son ensemble.


La naissance d'une gouvernance pionnière

Le 28 mai 2024, lors d’une table ronde organisée au siège de la CFDT sur les relations entre l’entreprise et le vivant, Sylvain Breuzard, président de Norsys, croise pour la première fois Frantz Gault, sociologue et auteur de « La nature au travail ». L’idée de représenter la nature dans l’entreprise intrigue immédiatement Sylvain : si la permaentreprise a permis de donner une voix aux salarié·es, pourquoi ne pas faire de même pour la nature ?

Une semaine plus tard, les deux hommes déjeunent ensemble. Avec le soutien de Frantz, Sylvain prend une décision inédite en France : donner voix à la nature dans la gouvernance de Norsys. S’ensuit un été d’ateliers avec dirigeants et actionnaires pour identifier les entités naturelles à représenter, cadrer les pouvoirs à accorder à cette nouvelle partie prenante, et définir les canaux de gouvernance à faire évoluer. Le 12 novembre 2024, l’annonce est faite : la nature aura désormais sa place – et ses pouvoirs – dans les instances de décision de l’entreprise.


Une trilogie de gouvernance : actionnaire, partie prenante, dialogue social

Norsys a structuré sa gouvernance nature autour de trois actes complémentaires, qui dessinent un modèle ambitieux et réplicable.

Acte 1 – La nature actionnaire, avec un droit de veto

Premier geste fort : faire de la nature un actionnaire de Norsys. Pour éviter tout risque de greenwashing, l’entreprise s’appuie sur sa fondation actionnaire, détentrice de 10% du capital, qui mandate un représentant de la nature auprès du conseil d’administration. Ce montage garantit que la nature restera actionnaire, même si la personne qui la représente change.

C'est le modèle que Vivøices développe afin de démocratiser l'actionnariat Nature.

Le représentant de la nature dispose d’un droit de vote minoritaire, correspondant à ces 10%, mais aussi d’un droit de veto sur certains sujets stratégiques. Inspiré du mécanisme anglo-saxon de la « golden share », ce veto est réinterprété sous la forme d’une « green share », orientée vers la stratégie environnementale de l’entreprise. Le premier conseil d’administration avec la nature s’est tenu le 11 mars 2025 à Paris, avec à l’ordre du jour les impacts environnementaux du numérique, les liens avec les neuf limites planétaires et les pistes d’action à court terme.

Acte 2 – La nature partie prenante dans les instances opérationnelles

Norsys disposait déjà de plusieurs organes de gouvernance – comité éthique, comité de mission, comité permaentreprise, CSE – pour faire vivre la voix de ses parties prenantes. L’entreprise décide alors de recruter des représentant·es de la nature pour siéger dans chacune de ces instances, afin de diffuser la perspective du vivant au plus près des décisions opérationnelles.

Huit personnalités, aux profils et expertises variés, sont sélectionnées sur la base de plusieurs critères : connaissance des neuf limites planétaires, motivation pour traiter les enjeux écologiques du numérique, intérêt pour les modèles d’affaires régénératifs, créativité et ouverture d’esprit, diversité d’âges et de genres. Leur rôle : agir comme des gardien·nes de la nature, en s’assurant que l’entreprise intègre ces limites dans sa stratégie, ses objectifs chiffrés, ses formations, ses partenariats et sa supply-chain.

Ces représentant·es se réunissent dans un Haut Conseil pour la Nature, instance dédiée qui favorise le partage d’expérience et le travail collectif. Chacun·e porte une « voix de nature » singulière, inspirée d’un animal totem, tout en s’inscrivant dans le cadre commun des neuf limites planétaires.

Acte 3 – Une nature syndiquée via le CSEN

Dernier pilier : intégrer la nature au cœur du dialogue social. Dans le prolongement de la loi française de 2021 sur le dialogue social environnemental, Norsys implique les représentants du personnel dans cette transformation de gouvernance.

Les élu·es désignent un salarié chargé de participer aux travaux du Haut Conseil pour la Nature et de négocier les accords d’entreprise sur les questions environnementales. Le CSE évolue alors en CSEN – Comité Social, Économique et Nature – en inscrivant durablement les enjeux du vivant dans les discussions entre direction et représentants des salarié·es.


Mesurer ce qui compte vraiment : au-delà du carbone, les neuf limites planétaires

Une fois la gouvernance en place, Norsys s’attelle à une question délicate : comment mesurer ses impacts et dépendances vis-à-vis du vivant, en dépassant le seul prisme climatique ?

Le Haut Conseil pour la Nature commence par une revue des méthodes existantes. Peu d’entreprises de services ont réalisé des diagnostics globaux au regard des neuf limites planétaires, mais l’exemple de la marque suédoise Houdini, qui a évalué en 2018 ses impacts sur sept limites via l’analyse du cycle de vie, montre que c’est possible. Du côté des cadres méthodologiques, la TNFD et le SBTN proposent des approches holistiques, mais particulièrement exigeantes en temps et en ressources.

Pour rendre la démarche accessible et réplicable, norsys fait le choix d’outils plus sobres mais robustes. L’entreprise utilise notamment l’outil ENCORE pour cartographier les dépendances et impacts majeurs de son secteur, puis sollicite le Stockholm Resilience Centre pour l’accompagner dans l’analyse de matérialité environnementale sur sa chaîne de valeur. Les premières conclusions montrent que les enjeux matériels se situent davantage en amont et en aval qu’in situ, ce qui confirme la nécessité de regarder au-delà du périmètre immédiat de l’entreprise.

En parallèle, Norsys s’appuie sur des études sectorielles, notamment une analyse Green IT qui estime que le numérique européen consomme 41% du quota de carbone, 39% du quota de métaux et minéraux, 35% du quota d’eau potable, 26% du quota d’énergies fossiles et 23% du quota de particules fines, tout en soulignant que l’impact carbone n’est qu’un indicateur parmi d’autres. L’entreprise collabore aussi avec le cabinet néerlandais Link Nature pour modéliser, grâce à une IA générative dédiée, les risques écosystémiques associés à ses achats (énergie, équipements, mobilité, licences, etc.).


Partir de l’existant : un inventaire de plus de 50 actions

Dans le même temps, Norsys réalise l’inventaire de ses actions passées et de ses projets en faveur du vivant. Plus d’une cinquantaine d’initiatives sont identifiées sur les trois dernières années, couvrant toute la chaîne de valeur.

Parmi elles, on trouve par exemple : le renforcement des achats responsables, l’expérimentation d’achats d’occasion pour certaines fournitures, la végétalisation des sites, la limitation des vols intérieurs, la systématisation de l’alimentation végétarienne lors des événements, la création d’un COOC sur l’esprit critique face à l’IA, la plateforme monacvnumérique.fr, la labellisation Numérique Responsable niveau 2, le développement de solutions pour l’Office Français de la Biodiversité, ou encore le financement de projets d’agriculture régénérative via AgoTerra et le soutien d’associations comme Cœur de Forêt, États Sauvages, Fermes d’Avenir, La Bocale ou Les Jardins de Lucie.


Premiers résultats, limites et bénéfices d’une année pionnière

Cette première année de gouvernance nature se déroule dans un contexte économique tendu, qui incite de nombreuses entreprises à reculer sur leurs engagements écologiques. Norsys choisit au contraire de maintenir le cap, tout en reconnaissant lucidement ses limites : dépendance à un matériel informatique au lourd bilan écologique, maturité encore insuffisante de certaines solutions alternatives, faiblesse des cadres de mesure pour certains impacts du numérique, emballement autour des IA génératives.

Pour autant, plusieurs bénéfices apparaissent clairement :

  • Une montée en compétence collective : le conseil d’administration apprend à intégrer la nature dans ses arbitrages, tout en faisant du droit de veto un levier de dialogue et de recherche de consensus.


  • Une convergence entre enjeux humains et non humains, grâce à l’intégration progressive des acteurs du dialogue social dans des instances communes avec les représentant·es de la nature.


  • Un fort engouement externe : invitations à des conférences, apparitions dans différents médias, sollicitations de clubs d’administrateurs, intérêt des acteurs de la transition durable, reconnaissance de Norsys comme entreprise audacieuse en matière de gouvernance.


  • Une fierté interne : une enquête auprès des salarié·es montre que cette décision de faire entrer la nature dans la gouvernance a marqué les esprits, même si son impact concret reste encore à diffuser dans le quotidien de tous.

Au moment de la rédaction du rapport, Norsys prépare la suite : expérimentation d’ordinateurs modulables, cartographie détaillée de la chaîne de valeur numérique, analyse de matérialité biodiversité, adhésion au 1% for the Planet, déploiement massif d’outils d’Analyse du Cycle de Vie (ACV) pour les services numériques, développement de projets au service de la transition écologique et sensibilisation de l’ensemble des équipes aux enjeux de préservation de la nature.


Corporate Activism : Quand une entreprise pousse la loi à évoluer

En octobre 2025, Norsys soutient officiellement une proposition de loi portée par Vivøices, Corporate Regeneration, Notre Affaire à Tous, Earth Law Center et B Lab France, visant à renforcer la représentation de la nature dans les entreprises. Ce texte propose trois dispositifs complémentaires : une « nature syndiquée » via une commission environnement au sein des CSE, une « nature administratrice » avec deux administrateurs représentant la nature dans les grands conseils d’administration, et une « nature actionnaire » via la cession d’une partie du capital à une fondation représentant la nature et l’introduction d’un vote consultatif sur la politique environnementale en assemblée générale.

L’ambition est claire : sortir d’une vision où la nature est un décor ou une simple « ressource », et en faire un véritable acteur de la décision économique. Pour les associations à l’origine de ce texte, sans transformation profonde des modèles de gouvernance, aucune réconciliation entre économie et écologie ne sera possible.


Se lancer : les premières questions à se poser pour représenter la nature

L’expérience de Norsys montre que représenter la nature dans la gouvernance n’est ni un gadget, ni un luxe, mais un travail structurant qui commence par quatre questions clés.

  1. Quels objectifs ?
    Souhaitez-vous incarner votre raison d’être, sécuriser une mission dans votre capital, transformer votre modèle d’affaires, renforcer votre réputation, ou tout cela à la fois ? Clarifier le « pourquoi » permet d’embarquer vos parties prenantes et de réduire le risque de dispositif purement symbolique.

  2. Quelle nature ?
    Parlez-vous surtout climat, biodiversité, eau, sols, services écosystémiques ? Voulez-vous adopter le cadre des neuf limites planétaires, ou une autre éthique de la nature plus proche de vos contextes territoriaux ? Chaque définition de la « nature » emporte des implications éthiques, opérationnelles et de mesure.


  3. Quels représentants ?
    Qui, aujourd’hui, porte déjà la voix du vivant dans votre entreprise ? Quelles compétences manquent : scientifiques, juridiques, financières, militantes, gestionnaires ? Est-il pertinent de tout confier à une seule personne, ou faut-il instituer un conseil de la nature qui rassemble différents profils et légitimités ?


  4. Quels pouvoirs ?
    Voulez-vous commencer par le dialogue social, par un administrateur nature, ou par une nature actionnaire dotée de droits politiques et, éventuellement, d’un droit de veto ? Plus le mandat est robuste, plus la nature devient un véritable acteur de décision – et plus il faudra préparer en profondeur vos équipes.

L’histoire de Norsys montre qu’une entreprise de services numériques, fortement dépendante d’une industrie elle-même lourde pour la planète, peut décider de se confronter à cette réalité plutôt que de la contourner.

En faisant de la nature un actionnaire, une partie prenante structurée et un sujet de dialogue social, elle ouvre une voie concrète pour toutes celles et ceux qui veulent réconcilier création de valeur et préservation du vivant.


Téléchargez le rapport "Diriger avec la Nature".


Télécharger le communiqué de presse de Norsys


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Close-up of a dark green leaf showing its textured surface and central vein against a muted background.
Smiling young woman with long hair standing against a dark green background, holding a finger to her chin.
Close-up of a dark green leaf showing its textured surface and central vein against a muted background.
Smiling young man with short hair poses against a dark background, wearing a green button-up shirt.
Close-up of a tree stump showing growth rings and a textured brown wood surface.
A smiling young man with crossed arms, wearing a plaid shirt and white t-shirt, poses against a dark background.

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